Compte-rendu Voyage au Bangladesh
du 15 Février au 1 Mars 2010
Chers amis,
Une nouvelle visite au Bangladesh, me donne le plaisir de vous rendre compte de l’évolution des projets en cours, de vous en proposer de nouveaux. Le pays semble émerger lentement d’un marasme récurrent, moins de grèves, de nouvelles infrastructures, quelques aménagements de routes, de ponts, mais le coût de la vie courante reste élevé malgré les dernières promesses électorales.
Par contre, le Nord des Chittagong Hills Tracts, région des Tribus, vient d’être à nouveau le théâtre de violences entre tribaux et colons bengalis soutenus par l’Armée. toujours présente malgré la promesse faite lors des « Accords de Paix » en …1997 de l’évacuer des C.H.T. ; c’est ce que le nouveau gouvernement de Sheik Hasina tente de faire en ce moment, mais le parti d’opposition mené par la Begum Khaleda Zia … s’y oppose !
Dans la nuit du 19 au 20 février, une altercation entre des tribaux et des colons bengalis qui s’installent indûment sur des terres autochtones, déclanche de nouvelles hostilités : plus de 200 maisons sont incendiées, Le 20, les Jummas* manifestaient dans leurs villages pour protester contre ces attaques ; l’un des manifestants aurait agressé un officier avec un couteau. Les militaires ont alors tiré à balles réelles sur la foule. Le 20 à midi, nous quittions le village de Dighinala sans savoir encore que nous échappions à quelques heures près à une fusillade. Arrivés à Rangamati, à 60 km de là, nous étions informés de la situation par téléphone portable.
L’effroi et la consternation nous ont saisis ; une fois de plus, des centaines de familles fuyaient leur domicile, se réfugiant dans la forêt, les routes étaient coupées, un couvre-feu déclaré à Khagrachari. Un communiqué de presse d’Amnesty International sur www.amnesty.fr. relate les faits. J’ai rapporté également plusieurs n° du « Daily Star », quotidien local, sur les évènements avec de nombreuses photos.
Samedi 6 mars, les Chakmas français ont organisé une manifestation pacifique à PARIS, avec le concours de SURVIVAL International, pour dénoncer ce qui ressemble à un génocide ; depuis la partition de l’Inde cette région des Chittagong Hill tracts, autonome avant 1947 mais rattachée au Pakistan Oriental à cette époque, est convoitée par le gouvernement du pays (devenu le Bangladesh en 1972) qui envoie par dizaine de milliers, des bengalis, pour une installation non préparée. Les heurts sont alors inévitables.
Le 17 février, départ pour le Nord des C.H.T. à DIGHINALA, je suis accompagnée de JnanaJyoti CHAKMA, notre fidèle correspondant local et de Nanda, Chakma français, retourné s’établir dans son village natal, et interprète pour l’occasion, du français au dialecte Chakma.
La première visite fut pour le village d’ex-réfugiés de JAMTALI qui profite maintenant de l’électricité ; 7 nouvelles familles sont venues s’ajouter aux 15 premières. Elles demandent un nouveau puits (77 €) et une pompe électrique (165 €) pour l’arrosage des plantations réalisées autour du village, ainsi que la création d’un petit magasin en bambou pour faciliter l’approvisionnement des denrées courantes (165 €).
Par contre, il nous a été remis plus de cent demandes de financement, soit pour des frais scolaires, pour l’achat de chèvres, de porcs ou de vaches etc… Il n’est pas possible d’accéder à ces demandes individuelles sans en recevoir encore autant dans les jours qui suivent. Le choix de l’association est de soutenir des projets ponctuels et collectifs, apportant un revenu à plusieurs familles qui, de ce fait pourront subvenir à l’éducation de leurs enfants.
Ainsi, MILAMPUR, autre village d’ex-réfugiés a bénéficié de notre aide l’an dernier pour l’achat d’une « machine à riz » : Nous avions envoyé 2 200 €. Chaque famille a dû rajouter 4000 TK (soit 45 euros) pour construire un abri où se trouve finalement, deux machines : l’une pour décortiquer le riz et l’autre pour moudre riz, blé, maïs ou épices Par contre, il manque l’alimentation en l’électricité, une somme de 550 euros a été laissée sur place pour ce faire immédiatement.
Le revenu moyen mensuel de ce projet est estimé entre 20 000 et 30 000 TK (soit 250 à 300 € qui seront partagés entre les 12 familles de MILAMPUR. Les comptes nous seront envoyés chaque trimestre, revenu et redistribution.
Visite ensuite à DIGHINALA, chez le tailleur Jagadish CHAKMA, qui a assuré la formation de 6 stagiaires pendant 6/8 mois et a déjà 4 inscriptions pour la session suivante. En compensation nous lui assurons cette année la location d’un nouvel atelier pour 13 euros par mois.
A pied nous partons visiter la « ferme aux poulets » 1000 poussins viennent d’être achetés avec la vente des poulets élevés précédemment, grâce à 100 euros donnés l’an dernier pour le démarrage ; 3 familles, se partagent les frais et le bénéfice.
Visite au menuisier et au coiffeur installés en février 2009 avec 100 €. Les modestes investissements procurés à ces artisans, ouvrent un espace d’apprentissage pour les jeunes du village.
En février 2009, nous avons commencé de sponsoriser Mme Segun Mila Chakma, une veuve, en charge de 6 enfants, Elle est journalière dans les cultures de tabac et gagne 1,20 euro par jour pour ce travail harassant ! En lui rendant visite, nous avons constaté que son dernier enfant de 3 ou 4 ans est trisomique 21…Ce sont les plus grands, de 7 à 12 ans qui le gardent à tour de rôle pendant son absence. Une situation vraiment dramatique.qui nous conduit à lui attribuer 80 € par mois afin qu’elle puisse s’occuper de ses enfants et leur permettre d’aller régulièrement à l’école.
Un comité de 14 familles demande une pompe diesel pour l’irrigation à 250 euros. On a proposé que chaque famille donne 5 euros de contribution et nous enverrons 180 euros.
Autre comité de 8 familles demande de compléter l’achat d’un tracteur (Power Tyler). Ils ont déjà réuni 220 euros sur 880. Si chaque famille peut encore donner 10 € chacune, on complèterait à hauteur de 580 euros selon nos ressources.
Voilà pour l’essentiel des projets accordés à ce jour.
De retour du Nord des CHT, nous quittons CHITTAGONG tôt le lendemain, le père Benoit (Canadien) et moi pour aller, d’abord en bus à BANDARBAN (60 km) puis en Jeep à 50 km pour arriver à BOLIPARA dans l’après midi, « moulus » par les innombrables tressautements, « nids de poules » et virages continuels…Le paysage est grandiose, nous sommes à 1800/2000 m d’altitude, sur les crêtes, surplombant deux vallées profondes hérissées de collines et dans le lointain des montagnes atteignent 3 200 m, ce sont les contreforts de l’Himalaya.
Après une longue descente, notre véhicule s’arrête au bord d’une rivière que l’on traversera en barque pour atteindre le pied de la colline et une heure de marche nous conduira à la Mission de BOLIPARA.
Distantes de 20 km, ces deux Missions créées en 1984 par des prêtres bengalis et canadiens de la paroisse de BANDARBAN, elle-même fondée 30 ans plus tôt, accueillent chacune, 100 garçons et 85 filles de 5 ou 6 tribus différentes, Mru, murung, Marma, Tripura, Chak ou Khuni.
Il y a une grande demande à l’Eglise Catholique pour l’éducation de la part des différentes communautés. Comme c’est un droit fondamental pour chaque citoyen, l’Eglise ne peut pas l’ignorer. Par contre, elle n’est capable de contribuer à un projet éducatif, que si des ressources extérieures sont disponibles. Des dons viennent du Canada, des Congrégations et autres associations.
« Peuples des Collines » assure depuis plus de 10 ans une partie des frais de fonctionnement de THANCHI et de 4 autres Missions dans le Sud des CHT, ce qui représente 20 000 € par an, versés par moitié en juin et en décembre.
Ces étudiants de la 6è à la 3è sont scolarisés, sur place à BOLIPARA et au Collège du Gouvernement pour THANCHI. Tous passent leur « Métric » (notre Brevet) dans le public. Ils apprennent la vie en communauté, respectent le règlement, lever à 5 h 30, dorment sur le sol en bois de leur dortoirs,’ont deux repas par jour, partagent les travaux du potager, la coupe du bois et le ravitaillement quotidien de l’eau puisée dans un bassin d’aspect douteux…
Le manque d’eau potable est le gros problème de ces deux sites.
A BOLIPARA, les enfants boivent et se lavent avec l’eau de la rivière ; malgré les comprimés ajoutés pour la purifier, nombre de dysenteries, mycoses, infections diverses, affectent les résidents de la Mission.
A THANCHI l’eau est puisée dans le bassin qui s’assèche presque complètement jusqu’à la mousson, au mois de juin.
Le projet d’adduction d’eau par un barrage et une canalisation commencé en Juin 2009 par CARITAS et auquel nous devions participer à hauteur de 5 000 € dont nous avait gratifiés la Société SIGMA, a dû être interrompu : seul, le premier village sur les 4 prévus a pu être raccordé au réseau. La configuration de cette région montagneuse a multiplié les obstacles. CARITAS a donc abandonné et l’Evêché a toujours de côté la subvention de SIGMA pour réaliser un puits profond à BOLIPARA (comme celui creusé à BANDARBAN en 2009), au prix de 5 000 euros. Les travaux commenceront en cette fin de mois de mars. Il a été judicieux d’attendre et trouver la meilleure solution pour cet investissement.
Pour THANCHI la nappe phréatique est à moins de dix mètres de profondeur, mais située sous une couverture rocheuse qu’il va falloir éclater pour y parvenir. Il est prévu de faire creuser 3 puits dispersés sur le site, le coût de chacun est de 600 euros (total 1 800 €). Le plus tôt serait le mieux pour une meilleure alimentation et santé des enfants et des adultes.
Avant de passer au paragraphe suivant, je voudrais dire pour terminer, combien l’accueil des enfants dans chaque Mission, est sympathique : chants de bienvenue, offrande de fleurs et la rituelle « function », spectacle de danses traditionnelles, entrecoupées chacune de discours du directeur, d’un professeur de ceci ou de cela… J’admire toujours la patience et l’écoute des enfants assis sagement en tailleur pendant deux ou trois heures….Puis, ça a été la détente avec le ballon de foot et les jeux apportés de France.
Cette visite était en projet depuis 2002, date à laquelle nous avons eu le premier contact avec un groupe de femmes bengalies, regroupées en une association, fondée par Cécilia HALDER, sous le nom de « HELPING HAND ».
Sr Monique, une missionnaire canadienne a passé 50 ans de sa vie à BARISAL, où elle a enseigné, éduqué, soigné une grande partie de la population. Rappelée au Canada en 2004, à son grand désespoir, pour un autre service, sa Congrégation vient de l’autoriser à revenir passer un mois à BARISAL et nous nous y sommes rencontrées. Elle était heureuse de pouvoir me présenter ses amies de HELPING HAND et leur travail extraordinaire.
Pour aller de Chittagong à Barisal (voir la carte), il faut remonter jusqu’à Dhaka, pour éviter les grands fleuves infranchissables. De Dhaka à Barissal, les bus doivent à un certain moment, monter sur un ferry et louvoyer pendant deux heures entre les bancs de sable, car nous sommes à la saison des basses eaux. En dernière minute, j’ai pu être accompagnée d’un jeune étudiant qui partait à Barisal où nous y sommes parvenus… en 18 h !
De bus en rickshaws, nous parvenions à la Mission, accueillis par Sr Monique et la Communauté. Une douche rapide, une collation, une heure de repos et nous voici parties toutes deux au modeste local de HELPING HAND.
Présentation de Cécilia Halder, Présidente, de Lili (la comptable), d’Aroti (la coordinatrice), de Maria, Reka, Rina, Mina etc...les women-workers. En 1994, Cécilia trouve un livre de médecine traditionnelle en anglais, description d’une multitude de plantes et de leurs bienfaits. Elle ne connaît pas l’anglais et en donnant quelques Takas de l’heure, elle est arrivée à se faire traduire tout le livre qu’elle a transcrit à la main en bengali. Elle a appris, expérimenté, et en 2001, elle pouvait enseigner à quelques femmes l’utilisation des plantes, y ajoutant les principes de nutrition pour enfants et femmes enceintes, de planning familial.
Chaque après-midi, la plupart s’en vont dans les villages ou les bidonvilles pour initier d’autres femmes à la préparation et l’utilisation de médicaments de base ; elles se refusent à être des marchandes de produits tout faits, elles préfèrent apprendre à d’autres à les confectionner et qui à leur tour, apprendront… Saviez-vous que l’oignon cru est un excellent antibiotique, il est bon pour le cœur, mélangé au miel, il cicatrise les plaies etc…J’ai noté toute une liste de ces précieux conseils.
Bien avant les prêts de la « Grameen Bank » institué par Mr Yunus, l’Eglise avait innové le « Crédit Union », et ce depuis 1950. Il se pratique dans tous les évêchés du Bangladesh et fonctionne très bien à BARISAL, nous avons pu voir tous les comptes, les carnets personnels de chaque « emprunteuse », les balances de sommes prêtées et remboursées, les comptes aussi de ce que nous envoyons. Tout est en ordre.
Devant le courage, la détermination et le travail des femmes de Helping Hand, à qui nous donnions 10 € par mois de salaire à chacune, il a été décidé avec Sr Monique de passer de 10 à 16,50 €, ce qui donne 16,50 € x 16 personnes x par 12 mois = 3 168 €. Nous prenons aussi en charge leur loyer qui a été porté de 12 à 16,50 € x 12 mois = 198 €. Chaque trimestre nous enverrons donc 841,50 euros, par Western Union.
La place me manque pour vous décrire la visite dans les villages pauvres et la démonstration du cours d’herboristerie, de planning et de nutrition aux villageoises attentives, vêtues de leur sari aux couleurs de soleil, entourées exceptionnellement d’une foule d’enfants et de curieux, car habituellement, elles ne sont qu’une dizaine dans ces rencontres de travail. Ce moment passé ensemble, s’est terminé par les danses d’enfants bengalis… toujours des danses, des chants, des rires ! Quelle leçon de courage….
Chers Amis, veuillez excuser la longueur de ce courrier qui voudrait vous relater encore d’autres anecdotes, vous décrire d’autres moments d’émotion et surtout témoigner de la reconnaissance envers votre générosité, de toutes les personnes rencontrées.
MERCI à vous !